Guide des droits et des démarches administratives
Être informé et faire un recours en cas de rejet de l'offre à un marché publicFiche pratique
Pour attribuer un marché public, l’acheteur public doit évaluer les offres qu’il a reçues des entreprises. Il effectue un tri et note les offres reçues selon des critères fixés dans le règlement de consultation. Il élimine certaines offres. À l'issue de la mise en concurrence, l'acheteur doit choisir l'offre économiquement la plus avantageuse puis informer les entreprises candidates non retenues. Celles-ci ont alors la possibilité d'exercer des recours.
Pour attribuer un marché, l'acheteur public évalue et analyse les offres reçues.
Avant tout classement ou notation, il doit écarter les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées.
Les offres sont donc éliminées d'office sans être examinées dans les cas suivants :
Offre irrégulière : offre incomplète qui ne respecte pas les exigences formulées dans les documents de la consultation (par exemple : certaines pièces justificatives demandées sont manquantes, plusieurs rubriques du bordereau des prix unitaires ne sont pas remplies). Il s'agit également d'une offre qui ne respecte pas la législation en matière sociale et environnementale, ou encore en matière de sous-traitance ou de fiscalité. Une offre anormalement basse (OAB) peut aussi constituer une offre irrégulière. Il s'agit d'une offre dont le prix est nettement sous-évalué par rapport à la réalité économique. L’acheteur a alors l’obligation de demandé, par écrit, des précisions sur la composition de ce prix proposé peut compromettre la bonne exécution du marché.
Offre inacceptable : offre dont le prix excède les crédits budgétaires établis pour le marché avant le lancement de la procédure. Si le budget de l'acheteur lui permet d'accepter l'offre reçue, il ne peut pas l'écarter même si son prix est largement supérieur au montant estimé du marché.
Offre inappropriée : offre qui répond à un besoin autre que celui exprimé par l'acheteur (par exemple : offre proposant des ordinateurs de bureau alors que l'objet du marché porte sur des ordinateurs portables)
L'entreprise candidate doit donc lire attentivement tous les documents de la consultation pour éviter que son offre soit rejetée. En effet, seule l’offre recevable est examinée par l’acheteur public.
À savoir
Les offres irrégulières et les offres inacceptables dans certaines procédures, peuvent être régularisées.L’offre est anormalement basse lorsque le prix proposé par le soumissionnaire est manifestement sous-évalué et ne semble pas permettre la bonne exécution du marché. Dans ce cas, l’acheteur doit lui demander de justifier le prix proposé.
Les justifications qui peuvent être prises en compte sont notamment les suivantes :
Mode de fabrication des produits, modalités de la prestation des services ou procédé de construction
Solutions techniques adoptées ou les conditions exceptionnellement favorables du candidat pour fournir les produits ou les services
Règlementation applicable en matière environnementale ou sociale sur le lieu des prestations
L'acheteur qui réclame des précisions est tenu de vérifier sérieusement la composition et la qualité de l'offre au regard des justifications. Après vérification, l'acheteur rejette l'offre si le candidat ne justifie pas de manière satisfaisante le bas niveau du prix ou des coûts qu'il a proposés. En revanche, si le candidat a bien justifié le prix de l'offre, celle-ci est requalifiée en offre normale.
Lorsque l'entreprise candidate recourt à la sous-traitance, l’acheteur doit opérer un contrôle afin de s’assurer, en fonction des prestations sous-traitées annoncées que le montant n’est pas anormalement bas. Lorsque le montant semble anormalement bas, l’acheteur doit exiger du titulaire qu’il lui fournisse des précisions et justifications sur le montant des prestations sous-traitées. Si après vérification, les informations et justifications fournies par le titulaire ne permettent pas à l’acheteur d’expliquer le prix appliqué, l’offre sera qualifiée d’anormalement basse et l'acheteur public doit la rejeter.
Lorsqu’une entreprise candidate à un marché public dépose une offre, celle-ci est parfois «irrégulière» ou «inacceptable». L’acheteur public peut (ce n’est pas une obligation) lui demander de régulariser son offre.
La régularisation ne doit pas conduire à modifier les caractéristiques substantielles des offres. Elle sert à corriger des erreurs matérielles ou à palier des oublis mineurs. Par exemple, un prix indiqué sur la durée totale du marché, alors qu’il était demandé sur une base annuelle, peut donner lieu à une régularisation.
Lorsque l'acheteur public souhaite autoriser la régularisation des offres, il doit le faire pour toutes les entreprises candidates dont l'offre est régularisable au nom du principe d'égalité de traitement des candidats.
Le type d'offre qui peut être régularisée dépend de la procédure.
Seules les offres irrégulières peuvent être régularisées. Ce n'est pas le cas des offres inacceptables ou inappropriées.
La régularisation de l’offre ne doit pas entraîner une modification des caractéristiques substantielles de l’offre. Lorsque les irrégularités sont manifestement trop importantes pour être régularisées sans entraîner une modification significative de l’offre, la régularisation n'est pas possible. Une offre qui ne comprend pas un document important comme le mémoire technique ne peut pas être régularisée.
Les offres suivantes peuvent être régularisées :
Offre avec une simple erreur matérielle
Offre dont le bordereau du prix unitaire (BPU) mentionne un produit de nettoyage non conforme à la règlementation concernant l’environnement
Offre transmise sous format papier alors que la transmission sous forme électronique s’impose.
Les offres inappropriées sont éliminées. Les offres irrégulières ou inacceptables peuvent faire l’objet de négociations pour devenir régulières ou acceptables.
À l’issue des négociations, si certaines offres sont toujours irrégulières, elles peuvent être régularisées à la demande de l'acheteur.
Attention
Une offre anormalement basse (OAB) ne peut jamais être régularisée.L'acheteur public écarte d'abord les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées, puis il classe les offres recevables.
Après avoir choisi l'offre économiquement la plus avantageuse, il informe les candidats non retenus du rejet de leur offre.
L'information transmise dépend de la procédure :
En Mapa, l'acheteur doit notifier à chaque candidat le rejet de son offre.
En revanche, pour connaître les motifs du rejet de son offre, l'entreprise candidate doit faire une demande écrite à l'acheteur public.
L'acheteur lui transmet les motifs du rejet de l'offre dans un délai de 15 jours à compter de la réception de la demande. Il s'agit du classement final et des notes attribuées dans la mise en œuvre des critères de jugement. La simple communication des notes obtenues sans explication ne suffit pas.
Lorsque l'offre n'était ni inappropriée, ni irrégulière, ni inacceptable, l'acheteur doit en plus communiquer à l'entreprise candidate les caractéristiques et les avantages de l'offre retenue et le nom du candidat retenu.
L’acheteur notifie à chaque candidat le rejet de son offre en lui indiquant les motifs de ce rejet.
Il précise, en outre, le nom du candidat retenu et les motifs qui ont conduit au choix de son offre et la date prévue de signature du marché.
De plus, à la demande de tout candidat (appelé également soumissionnaire) dont l'offre rejetée n'était ni irrégulière, ni inacceptable ou ni inappropriée, l’acheteur communique dans les 15 jours suivant cette demande les éléments suivants :
Informations relatives au déroulement et à l’avancement des négociations ou du dialogue, lorsqu’ils ne sont pas encore achevés
Caractéristiques et avantages de l'offre retenue
La notification du rejet d'une candidature fait courir les délais de voies de recours. Elle constitue également pour les procédures formalisées le point de départ du délai de standstill.
L'entreprise candidate qui n'est pas retenue est informée par l'acheteur public de la manière suivante :
Pour les marchés publics en-dessous de 40 000 € HT, ce sont les services opérationnels qui informent le candidat non retenu par mail ou par voie postale avec AR
Lorsque le marché public est supérieur ou égal à 40 000 € HT, le dossier de candidature et l'offre sont obligatoirement transmis par le biais d'une plateforme de dématérialisation appelée « profil acheteur ». Le candidat qui n'est pas retenu est informé par l'intermédiaire de ce profil acheteur.
Un candidat qui considère avoir été évincé injustement peut contester le rejet de son offre. Il peut exercer des procédures dites « d'urgence » : il peut exercer un référé précontractuel avant la signature du marché ou un référé contractuel après sa signature.
À noter
Il est recommandé de se rapprocher d'un avocat pour saisir le juge administratif même si ce n'est pas une obligation.Avant la signature du marché : référé précontractuel
Le référé précontractuel permet de suspendre automatiquement la signature du marché public jusqu'à ce que le juge administratif se prononce. Il peut être déposé tant que le marché n’est pas signé. Dès que le tribunal administratif est saisi, l’acheteur a l’obligation de suspendre la signature du contrat.
Lorsque le marché public est passé en procédure formalisée, l’acheteur doit respecter un délai de « standstill » avant la signature du marché public. Il doit attendre au moins 11 jours entre la date d'envoi de la notification au candidat non retenu et la date de signature du marché. Ce délai est de 16 jours si l'information a été transmise par courrier papier.
Le délai de standstill ne s'applique pas dans les cas suivants :
Lorsque le marché est passé en procédure Mapa.
Lorsque le marché est attribué au seul opérateur ayant participé à la consultation.
Pour des marchés spécifiques fondés sur un système d'acquisition dynamique (SAD)
Une fois saisi, le juge dispose d'un délai de 20 jours pour rendre son jugement.
Les pouvoirs du juge du référé précontractuel sont très larges. Il peut par exemple exiger la réintégration d’un candidat évincé, imposer la communication des motifs de rejet, ordonner à l’acheteur de se conformer à ses obligations de publicité du marché, de supprimer certaines clauses du marché, de recommencer toute la procédure.
Après la signature du marché : référé contractuel
Le référé contractuel est une procédure d'urgence qui peut être exercée par un candidat évincé après la signature du marché. Il sanctionne les irrégularités les plus graves.
Cette voie de recours est ouverte uniquement dans les situations suivantes :
Manquement aux règles de publicité (par exemple, absence de publication au Journal officiel de l'Union européenne (JOUE) si celle-ci est obligatoire)
Non-respect du délai d'attente entre la date de notification et la signature du marché (délai de standstill)
Violation de la suspension de la signature du contrat à la suite à d’un référé précontractuel
Le référé doit être déposé dans les délais suivants :
Soit 31 jours à partir de la publication de l’avis d'attribution pour les procédures formalisées
Soit 6 mois après la conclusion du contrat, si aucun avis d'attribution n'a été publié ou si aucune notification du contrat n'a été effectuée.
Une fois saisi, le juge administratif dispose d’un délai d'un mois pour statuer.
Il vérifie que les manquements invoqués par le candidat évincé ont « affecté ses chances d’obtenir le contrat ».
Le juge peut prendre l'une des décisions suivantes : suspendre l'exécution du marché pendant la durée de l'instance, prononcer l'annulation ou la résiliation du marché., ou une sanction financière (par exemple en cas de violation du délai de standstill).
Voir aussi
- Signer l'acte d'engagement en cas d'attribution du marchéPratiques commerciales
- Accès aux documents administratifsPapiers - Citoyenneté - Élections
Question ? Réponse !
- Quelles sont les différentes procédures de marchés publics ?
Pour en savoir plus
- L'examen des offresMinistère chargé de l'économie
- L'offre anormalement basseMinistère chargé de l'économie
- Les recours contentieux liés à la passation des contrats de la commande publiqueMinistère chargé de l'économie
Références
-
Code de la commande publique : articles L2152-1 à 2152-4
Définition d’une offre irrégulière, inacceptable ou inappropriée -
Code de la commande publique : articles L2152-5 à 2152-6
Définition d’une offre anormalement basse et demande de précisions et justifications par l’acheteur -
Code de la commande publique : articles R2152-1 à R2152-2
Possibilité de régulariser les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées -
Code de la commande publique : article R2181-2
Mapa : demande écrite du candidat pour obtenir les motifs du refus de son offre -
Code de la commande publique : article R2181-3 et article R2181-4
Information des candidats écartés -
Code de justice administrative : Article L551-2
Référé pré-contractuel : sanctions prononcées par le juge -
Code de la justice administrative: article R551-5
Référé précontractuel :délai dans lequel le juge statue -
Code de justice administrative : articles R551-7
Référé contractuel : délai de saisine -
Code de justice administrative : article R551-9
Référé contractuel : délai dans lequel le juge statue -
Code de justice administrative : article L551-18
Référé contractuel : sanctions prononcées par le juge - Ordonnance n°2009-515 du 7 mai 2009 relative aux procédures de recours applicables aux contrats de la commande publique
